10 octobre 2014

Entrevue avec Steve Clark, Président de la Class C

" De curiosité culturelle, le catamaran s'est hissé parmi les voiliers les plus sophistiqués et constitue un élément majeur de la voile d'aujourd'hui "

 

Au fil des années, la Class C a offert aux designers et constructeurs toute latitude pour développer et parfaire de nouveaux concepts. Au tout début, c'était l'essence même du concept de catamaran moderne: quelle résistance devait-il offrir? Quelle était la configuration idéale? Comment le manœuvrer et le mener au mieux? De curiosité culturelle, le catamaran s'est hissé parmi les voiliers les plus sophistiqués et constitue un élément majeur de la voile d'aujourd'hui. De nombreuses personnes ont contribué au succès commercial et à la popularité du catamaran, mais les membres de la Class C ont fait la «recherche fondamentale» dont tous les catamarans modernes ont hérité.

La liberté d'innover et de tester, qui est au cœur de cette classe, constitue probablement l'une des raisons de son manque de popularité – alors qu'elle passionne tous ceux qui s'y engagent – et de l'absence de championnats rassemblant un grand nombre de compétiteurs. Le défi est trop ouvert et les coureurs sont plus à l'aise avec des embarcations soumises à davantage de restrictions. Les risques sont assez élevés et plus d'une équipe bien organisée n'est pas parvenue à s'aligner au départ. C'est la sophistication qui fait tout l'intérêt de cette classe et la prive dans le même temps d'une popularité importante.

 

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D'une certaine manière, l'AC72 est venu justifier l'existence même de la Class C. Les multicoques étaient présents dans les plus hautes sphères du sport et l'aile (qui a été développée presque exclusivement par la Class C) a été reconnue comme le moteur de l'avenir. Tout à coup, les navigateurs et les designers des Class C n'ont plus été considérés comme des originaux, mais comme déterminants pour la navigation.

Il est intéressant d'observer cette évolution. En dépit de la liberté garantie par les règles de la Class C, nous ne pouvons pas nous soustraire à certains fondamentaux, par exemple le fait que les catamarans légers sont plus rapides que les catamarans lourds. C'est pour cela que nous avons toujours cherché les solutions les plus légères dans toutes les phases de conception. Le Règlement de la Coupe de l'America n'est pas ouvert et impose des restrictions en matière de poids notamment, mais également sur d'autres points, si bien que les décisions prises pour le design sont très différentes de celles que nous connaissons. Ceci dit, avoir de l'expérience et un savoir-faire dans la conception des ailes est aujourd'hui un atout indéniable pour tout designer souhaitant travailler dans le secteur des voiliers de course. Ainsi, ces programmes plus modestes ont pris de l'importance pour les jeunes professionnels.

Au début du dernier cycle AC, les designers des Class C ont été très largement sollicités par les équipes de la Coupe de l'America. Trois ans plus tard, plus aucun d'entre eux ne manifeste d'intérêt pour nous. Je pense qu'il y a de nombreuses raisons à cela, mais, à mon avis, ils voulaient avant tout que nous leur fournissions un programme sophistiqué de prédiction de la vitesse (VPP) pour les catamarans à aile rigide. Lorsque nous leur avons dit que nous n'en avions pas, qu'il s'agissait d'un objectif difficile à atteindre et que, selon notre expérience, les résultats ne seraient pas fiables, ils nous ont congédiés, nous qualifiant d'ignorants.
Et, même s'ils ont découvert que nous avions raison sur de nombreux points, leur intérêt pour nous a nettement diminué.

Par ailleurs, de nombreux concepteurs de premier plan travaillent désormais sur les ailes rigides et les catamarans. Ces personnes sont particulièrement ingénieuses et disposent de budgets et d'outils de recherche et conception largement supérieurs aux nôtres. Ils feront des découvertes qui seront autant de grandes avancées. Nous devons donc maintenant suivre de près leurs développements, comprendre ce que nous pouvons transposer sur nos bateaux et incorporer ces découvertes dans notre processus. Les échanges se font désormais dans les deux sens, et c'est particulièrement excitant. Certes, les progrès sur les foils sont déterminants, mais les règlements imposent des restrictions aux classes AC et A qui restreignent les solutions pouvant être mises en place. Une fois de plus, la Class C offre le terrain le plus propice pour trouver les meilleurs compromis.

 

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Genève est bien plus proche du cœur du yachting que la plupart des chauvins ne veulent bien l'admettre. Contrairement à la Coupe de l'America, nous allons courir sur les eaux de la SNG et serons basés au Cercle de la Voile de la SNG. Je pense donc que les membres sentiront davantage l'impact de la petite coupe que ce ne fut le cas pour la Coupe de l'America. La Class C a toujours été plus ouverte et disposée à parler des technologies et de l'ingénierie sur lesquelles reposent les bateaux. J'espère que les membres saisiront cette opportunité pour rencontrer et échanger avec les navigateurs, les designers et les concepteurs qui seront sur place.

 

 

 

L'International Catamaran Challenge Trophy présentait un Deed of Gift assez restrictif, basé sur le modèle challenger et defender de la Coupe de l'America. Cela n'a pas encouragé la création de flottes importantes et de championnats forts, mais en tant que premier événement de la classe, il a ouvert la voie et servi de référence. Le format actuel est nettement plus inclusif et permet aux équipes de s'aligner avec des bateaux qui n'ont pas été conçus et construits dans leur pays d'origine. En 2010, cela représentait 50% de la flotte. En 2013, le pourcentage a été inférieur, mais toujours significatif (28%). Aujourd'hui, les équipes peuvent acheter des bateaux existants ou faire construire leur voilier là où le savoir-faire est le plus important et participer à l'événement. J'espère que la tendance va se poursuivre, mais je n'ai pas entendu dire que de nombreux nouveaux groupes prévoyaient de prendre le départ à Genève.

 

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En dépit de l'engouement pour les catamarans sur le Léman, la Class C n'est jamais parvenue à marquer de son empreinte cet environnement dynamique. Personnellement, je n'ai jamais compris pourquoi. En même temps, j'ai découvert la Class C à l'âge de 9 ans, raison pour laquelle l'extraordinaire me semble plus proche qu'à d'autres. D'après ce que je sais sur le lac, la Class C est bien adaptée aux conditions qui y règnent.

 

 

 

Mon équipe, The Cogito Project, sera à Genève. Le voilier Cogito (USA 104) pourrait toutefois ne pas être de la partie. Nous prévoyons d'engager un bateau dans la course. Mais je ne suis pas encore prêt à dévoiler de quel voilier il s'agira. Cogito fêtera ses 20 ans en septembre 2015 et, s'il reste un compétiteur redoutable, je pense que les conditions dans lesquelles il peut gagner sont assez limitées. Le fait que Genève est susceptible de rassembler ces conditions m'incite à mûrement réfléchir au choix à faire, mais pour l'instant, attendez-vous à ce que nous embarquions à bord d'un voilier plus récent et que nous mettions de nouvelles idées à l'épreuve de la course.

 

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